Une Marianne qui soutient un jeune blessé : cette image invite à regarder la République à hauteur de ceux qui grandissent. Dans cette chronique, Hanan Zahouani relie l’émotion suscitée par l’œuvre à une responsabilité qui nous concerne : quelle place préparons-nous à la génération qui arrive ?

Une fresque reprend une composition que l’on peut lire comme celle d’une Pietà : une figure maternelle tient dans ses bras un corps blessé. Ici, le bonnet phrygien invite à reconnaître Marianne. Et le jeune qu’elle soutient, en sweat et baskets, pourrait être un lycéen.
Tout, dans les détails, rapproche la scène de notre époque : le sac à dos, les vêtements, les chaussures. Les personnages, traités dans des tonalités de gris, se détachent sur un fond bleu. Le rouge, sur le bonnet, la main et au sol, attire le regard et donne à la scène sa violence visuelle.
Sans présumer de l’intention de l’artiste, on peut y lire une question : la République protège-t-elle encore ses enfants, ou participe-t-elle à leurs blessures ?
Cette figure qui soutient peut évoquer le refuge, le soin, la promesse de protection. Mais le corps blessé vient troubler cette promesse. À mes yeux, la force de cette image tient précisément à cette tension : que signifie protéger lorsque la blessure est déjà là ?
Ce jeune pourrait être l’un de nos enfants
Une question qui résonne autrement vue d’ici. Ce jeune pourrait être, un jour, l’un de nos enfants. C’est aussi, à sa façon, celui qui franchira bientôt la porte du monde du travail. Celui que beaucoup d’entre nous, en tant qu’entrepreneuses, essaient justement de rendre un peu plus accueillant pour la génération qui arrive.
Quel accueil lui réservons-nous ? Une place où apprendre, essayer, se tromper et recommencer ? Une écoute qui prend sa parole au sérieux ? Ou l’obligation de faire ses preuves avant même d’avoir eu sa chance ?
Ces questions prolongent, pour moi, la scène représentée. Elles nous ramènent à ce que nous pouvons construire dans nos entreprises, nos projets et nos engagements. Transmettre un savoir, ouvrir une porte, accompagner un premier pas : voilà aussi une manière de prendre soin de l’avenir.
De l’émotion à la responsabilité
Je regarde cette œuvre comme une invitation à ne pas nous habituer à la vulnérabilité des plus jeunes. À ne pas réduire leur avenir à ce que nous attendons d’eux, mais à nous demander aussi ce qu’ils peuvent attendre de nous.
Une œuvre qui, dans cette lecture, ne donne pas de réponse toute faite, mais qui nous rappelle ce que nous portons déjà : comme mères, comme entrepreneuses, comme bâtisseuses de ce que sera demain.
Et si construire demain commençait par mieux accueillir ceux qui arrivent ?
✨ Je grandis en faisant grandir une autre femme.
Article de Hanan Zahouani.